Introduction

Par Serge Gilette

Les écrits que vous tenez entre vos mains n’ont été ni programmés, ni décidés, ni anticipés, encore moins préparés. Je ne suis pas écrivain. En fait je suis même plutôt mauvais rédacteur dans le sens classique du terme et mes notes de français au lycée l’ont amplement prouvé. Aïe, vous vous dites ! Je n’ai jamais eu l’intention de gribouiller des carnets, des mémoires ou tout autre écrit autobiographique. Je n’ai pas l’ego si démesuré. Je ne suis ni guru de secte, ni leader politique, ni grand penseur philosophique et mon passage sur cette Terre a bien peu de chances d’en marquer la face. Alors à quoi bon écrire ?

La vie est étrange. Un jour de juin 98 je me suis trouvé dans une situation où il m’est apparu indispensable de partager ce que je vivais. Cela s’est révélé d’une telle force et d’une telle évidence que dès lors je me suis attelé à la tâche de rédiger des carnets envoyés sous forme d’emails quasi-quotidiens. J’avais dans le passé tenté de tenir des carnets de voyage mais j’avais toujours laissé tomber à un moment ou un autre prétextant la fatigue, le manque de temps, ou la futilité de la chose. Voilà que je me retrouvais à trois heures du matin à gratter dans la pénombre de ma chambre sur un stock de carnets de récupération. Voilà que je courais au cyber café pour avoir le temps de retranscrire ma prose approximative dans mes emails. Voilà qu’il me semblait impossible d’abandonner en cours de route. Je ressentais cet exercice de transmission comme un devoir, bien plaisant par ailleurs.

Leur accueil a été très positif parmi mes amis, certains même imprimaient ces mails pour leurs parents ou leurs amis qui ne disposaient pas du net et cela m’a encouragé, pensez bien ! Si l’accueil était si bon malgré le nombre astronomique de fautes de frappes et de français, peut-être que le fond avait quelque valeur. J’ai donc continué à les compiler voyage après voyage jusqu’à ce jour où quelques peu remaniés avec des ajouts provenant de mes versions papiers, et très longuement corrigés, je les livre à votre appréciation. Leur style est délibérément proche du langage parlé et délibérément éloigné de la véritable grammaire. Désolé pour les puristes… J’exprimais ce que je ressentais et cela ne peut se faire qu’avec les mots de tous les jours, ceux de la conversation, ceux du récit vivant, du conteur. Point de prose alambiquée dans ce qui va suivre, lecteurs, vous êtes prévenus !

Pour que vous saisissiez un peu mieux le sujet de ces carnets il me faut ouvrir une parenthèse sur le personnage principal, oui moi. Je suis informaticien, études supérieures en mathématiques puis bifurcation vers les ordinateurs pour l’aspect créativité et pécuniaire. Pur scientifique de formation mais littéraire dans l’âme.

Parallèlement à cela j’ai toujours été attiré par les armes blanches, je me vois depuis tout petit un bâton à la main, symbole de l’épée. Je me souviens d’avoir mimé des combats opposants Grecs et Romains dans la cour du collège en sixième. Enfant j’avais fabriqué une espèce d’épée, un bouclier et une pseudo côte de mailles. Et si j’ai joué aux cow-boys et aux Indiens comme tous les bambins, je maniais le sabre et non le revolver. Mes années d’adolescence ont été marquées par de nombreux mauvais films d’arts martiaux, c’était la série des ninjas, navets parmi les navets. Heureusement que les livres sur l’histoire antique compensaient cette sous culture cinématographique.

Je n’ai jamais été vraiment sportif, surtout à l’école où je subissais la rancœur des profs de gym à mon égard… Bon en maths donc nul en sport, j’étais catalogué dans leur cerveau aigri de primate. Mais si je n’ai jamais été vraiment sportif, trop de règles et donc trop de tricherie, j’ai toujours voulu pratiquer un art martial. J’ai attendu la fac, et pendant une dizaine d’années je suis passé d’une discipline à une autre sans trouver vraiment ce que je cherchais. J’avais toujours un vide, un manque, une insatisfaction. J’ai pratiqué une forme de Kung Fu Wu Shu vietnamien attiré par le travail du bâton et du sabre. J’ai pratiqué l’Aïkido attiré par le sabre et le jo, et j’ai finalement fini à Paris avec l’arnis l’art philippin de combat au bâton, au couteau et à la machette. Ce n’est que maintenant avec le recul que je m’aperçois de ce fil directeur si évident : les armes blanches.

Je travaillais le jour, et parfois la nuit sur des ordinateurs, des serveurs à la pointe du progrès, symbole de « l’avancée » de notre civilisation, mais intérieurement je rêvais de manier le sabre, objet archaïque dénué désormais de toute utilité. J’avais un pied dans le lumineux futur technologique et un dans le sombre passé martial.

Je vivais dans l’âge du silicium mais rêvais de celui du fer.

Je rêvais par-dessus tout comme dans de nombreux navets de Hong-Kong ou Hollywoodien de trouver un maître, un vrai, quelqu’un qui ait la connaissance et qui accepte de la partager…

Ce qui suit est l’histoire de ce rêve…